En quoi la présence de plantes au bureau contribue-t-elle au bien-être au travail ? Les explications de Pierre Darmet des Jardins de Gally.
Pierre, de plus en plus d’entreprises font une place aux plantes, dans les bureaux, entre les meubles ou même sur les étagères, mais aussi en extérieur. Et avec la montée en puissance du télétravail, cet engouement pour le vert s’invite aussi à la maison. Aujourd’hui, vous allez donc nous parler des raisons qui nous poussent à vouloir nouer un contact avec le végétal, ce qu’il nous procure de bon et des solutions.
Tout d’abord, pourquoi aimons-nous les plantes, la faune et la flore ? On parle de biophilie. Qu’est-ce que c’est ?
C’est à l’écologue américain Edward Osborne Wilson, qui est par ailleurs l’un des pères de la « biodiversité » que l’on doit d’avoir popularisé le terme « biophilie ». Ce mot est formé à partir de la racine grecque « bio » (la vie) et du suffixe -phile (« qui aime »). La biophilie serait donc le fait d'aimer le vivant et plus particulièrement, pour l’Homme, d’aimer les autres formes du vivant. Pour Wilson, la biophilie c’est, je cite, « Un penchant naturel, instinctif, qui nous pousse à rechercher un contact authentique ou dérivé avec le vivant ».
En parallèle, pourtant, on vit de moins en moins connecté à la nature ?
Oui, en effet. Hormis quelques métiers privilégiés, comme les naturalistes, les agriculteurs et les jardiniers, nous vivons de plus en plus déconnectés du vivant, qu’il soit sauvage ou domestiqué. La plupart d’entre nous n’a plus besoin de cultiver pour se nourrir. Nous n’entretenons plus de rapport physique, sensible avec le monde vivant qui nous entoure. Ce n’est pas tant le manque d’espaces verts qui est inquiétant que le manque de lien directs, sensoriels, avec le vivant. Des scientifiques ont nommé cet ensemble d’interactions : ils parlent d’expériences de nature. Et ils nous alertent sur un phénomène qui est appelé « l’extinction de l’expérience de nature », autrement dit notre déconnexion du vivant.
Quelles en sont les conséquences ?
Moins on vit connecté à la nature, moins on la protège. Cette déconnexion est en partie responsable de notre difficulté, à titre individuel et collectivement, à enrayer l’érosion de la biodiversité.
Et ce désir de contact avec la nature serait d’autant plus fort que l’on s’en est éloigné ?
En quelque sorte, oui. Depuis une dizaine d’années, les enquêtes menées par différents instituts le confirment. Environ 9 Français sur 10 considèrent le contact avec les plantes, les arbres, les fleurs et les animaux comme indispensable à leur équilibre de vie. Ils sont tout autant à réclamer plus de nature en ville.
La crise sanitaire a-t-elle accentué la tendance ?
Oui, elle a précipité, comme dans d’autres domaines, une tendance déjà en marche. Dès le premier confinement, en mars 2020, les citadins qui ont pu gagner la périphérie des villes ou la campagne se sont mis à jardiner. Vous vous souvenez peut-être de la ruée vers les plantes et les semences potagères et leur vente, d’abord interdite, très vite reconnue comme un bien essentiel. Une enquête menée en avril 2020 par l’institut IFOP, pour le compte de la branche immobilier de BNP Paribas, indiquait déjà que pour plus de 8 Français sur 10, l’accès à un espace extérieur, une terrasse, un jardin, était devenu le premier critère de choix d’un logement. Le départ de certains citadins pour les villes moyennes et les périphéries est un signal plus fort encore.
Le potager est une bonne illustration de ce phénomène ?
Oui absolument. Cela concrétise plusieurs attentes fortes : se reconnecter à son proche environnement, s’ancrer comme on dit, mais aussi pratiquer une activité avec ses mains, toucher la terre, travailler et récolter littéralement le fruit de son travail, au sens propre comme au sens figuré. L’accueil de la biodiversité au jardin, dont nous parlons régulièrement ici, est aussi une mutation importante qui témoigne de notre besoin de mieux nous connecter à la nature, dont nous faisons partie, ne l’oublions pas !
Mais ce n’est pas tout. L’envie de vert a gagné les espaces de travail.
Ce n’est pas nouveau. Déjà, dans les années 1960, s’est développé par exemple le paysagisme d’intérieur, mais cela s’est fortement amplifié depuis. Je vais vous citer un sondage. Encore, me direz-vous, mais celui-ci est aussi important car il montre un changement de génération. Une enquête annuelle menée auprès des jeunes diplômés de l’ESSEC, une grande école de commerce, a révélé, en 2016, que 83 % d’entre eux voulaient des bureaux verts et 61% indiquaient que le végétal contribue au bien-être au travail.
Pourquoi, à votre avis, cette envie de végétal au travail ?
D’abord, le végétal est un élément vivant dans des lieux généralement inertes. Il représente un symbole vital : c’est grâce aux plantes que nous pouvons respirer. Il fait beaucoup de bien et il crée du lien. Le contact avec les plantes a de multiples vertus. Cela nous apaise. Et la pratique du jardinage, comme par exemple celle du potager, ou lors d’ateliers, renforce la convivialité.
Quels sont les bienfaits de la présence du végétal dans les espaces de travail ?
Depuis une trentaine d’années, des études montrent les effets du végétal sur la concentration, la qualité de vie et un ensemble de facteurs qui participent de ce que l’on appelle le bien-être. En présence de plantes, l’humidité relative augmente de manière significative, passant de 25 à 30 %, atteignant ainsi la valeur minimale recommandée. D’autre part, la poussière – en partie responsable des toux d’irritation citées dans le « mal des bureaux » – est réduite de près de 20 % avec les plantes. Enfin, l’absentéisme peut être réduit jusqu’à 10 % en présence de plantes d’intérieur ou d’une vue sur un jardin extérieur.
Qu’est-ce que l’entreprise fertile, dont vous parlez souvent ?
Être connecté à la nature ne résout pas tous les maux. On ne décrète pas le bien-être, de la même manière qu’un jardinier ne tire pas sur la tige d’une plante pour la faire grandir. Il va lui offrir les conditions propices à son développement : un bon terreau, de la lumière, de l’eau et l’aider à grandir, en la protégeant, en la taillant, en la guidant si besoin. Pour les humains, c’est un peu pareil. L’entreprise fertile, c’est une entreprise qui se donne les moyens, en mobilisant la nature, d’aider chacun et les équipes à se connecter avec le vivant
Concrètement, que faire pour rendre son espace de travail plus fertile ?
Faire une place pour les plantes à l’intérieur. Nous passons 80 % de notre temps à l’intérieur. Il y a une palette de plantes, d’origines tropicales, acclimatées à nos régions, qui vivent très bien, pour peu que l’on confie leur entretien à des jardiniers professionnels, évidemment. Plantes dans des pots, de grande taille ou plus petite, du moment qu’il y a une réserve d’eau. Mais aussi murs végétaux, tableaux associant bois et végétaux, vivants ou séchés, comme dans les bouquets. Et puis à l’extérieur, sur les terrasses. Et cela est valable en entreprise, mais aussi chez soi, en télétravail. Aux Jardins de Gally, nous développons une offre spécifique pour aménager des espaces de travail extérieurs et intérieurs chez soi.
Quelles sont les tendances actuelles et à venir ?
Le végétal accompagne la convivialité, le lien. Demain, lorsque le cœur de la crise sanitaire sera passé, les salariés des entreprises, même les plus dématérialisées, pourront se retrouver au bureau. Il semble qu’ils en aient même envie. Pas seulement pour travailler, mais surtout pour se retrouver. Les idées innovantes naissent de relations interpersonnelles, plus que derrière un écran. Nous avons créé des bulles de nature. Il y a le bureau fertile, ou un arbre en pot s’intègre à un plan de travail, à un bureau. Et la pause fertile, un espace de pause clé en main avec des plantes, des fleurs mais aussi des fruits et même du café. Tout un symbole de nature et de convivialité !