Au micro de RCF Lyon, Yannick Legrand, directeur régional des Jardins de Gally - Rhônes Alpes, pointe l'importance de la nature dans l'entreprise, parce qu'il ne s'agit jamais d'un simple décor mais bien de choix, de priorités et de responsabilités.
Anaïs Sorce
Bonjour à toutes et à tous.
On retrouve aujourd’hui Yannick, que les auditeurs de RCF connaissent bien.
Depuis maintenant plusieurs saisons, vous venez nous parler de paysage, de ville, de vivant, toujours à partir de situations très concrètes.
Aujourd’hui, on va parler de la place de la nature dans l’entreprise, et de ce que cela raconte de notre manière de travailler et d’habiter la ville.
Yannick
Bonjour Anaïs, bonjour à tous.
Oui, et c’est vrai que le paysage est une bonne porte d’entrée, parce qu’il ne parle jamais seulement de décor.
Il parle de choix, de priorités, de responsabilités aussi.
Anaïs
Vous insistez souvent sur cette idée : le végétal n’est pas qu’un élément esthétique.
Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?
Yannick
Chez Jardins de Gally, nous considérons le végétal comme une véritable infrastructure vivante.
C’est-à-dire quelque chose qui rend des services très concrets.
Il agit sur le climat local, en apportant de la fraîcheur, de l’ombre, en gérant mieux l’eau.
Il soutient la biodiversité, même en milieu très urbain.
Il agit aussi sur la santé, le bien-être, la qualité de vie au travail.
Cette vision structure profondément notre démarche de responsabilité, à savoir, intégrer durablement la nature au cœur des villes.
Parce qu’à partir du moment où l’on pense le paysage comme une infrastructure, on accepte de le concevoir, de l’entretenir et de le faire évoluer dans le temps long.
Anaïs
Quand les entreprises vous sollicitent, est-ce qu’elles parlent directement de responsabilité ou de RSE ?
Yannick
Pas forcément.
Elles parlent d’abord de leurs lieux :
des bâtiments très minéraux,
des espaces extérieurs peu utilisés,
des bureaux où il fait trop chaud l’été,
ou d’un besoin de mieux-être pour les équipes.
Notre rôle, c’est de traduire ces préoccupations en projets paysagers cohérents.
Nous intervenons sur des bureaux, des ERP, des sites tertiaires ou hôteliers, souvent dans des environnements très urbains, à forte exigence environnementale et sociétale.
Et progressivement, la question de la responsabilité apparaît :
comment faire des choix durables,
comment limiter les impacts,
comment donner du sens à ces aménagements.
Anaïs
Concrètement, comment cela se traduit-il dans vos projets ?
Yannick
Notre mission est de réintroduire le vivant dans les espaces de travail de manière très opérationnelle.
Dès la conception, nous intégrons les contraintes climatiques, les usages, la durabilité des aménagements.
Le choix des végétaux n’est jamais laissé au hasard.
Ils sont sélectionnés pour leur capacité à résister aux évolutions climatiques, à favoriser la biodiversité et à s’inscrire dans un écosystème cohérent.
Et surtout, l’entretien fait pleinement partie de notre engagement.
Nous travaillons en gestion différenciée, avec une taille raisonnée, le respect des cycles du vivant, et une forte limitation des intrants.
L’objectif est simple : assurer la pérennité des projets tout en réduisant leur impact environnemental sur le long terme.
Anaïs
Est-ce que vous avez un exemple concret à partager avec nous ?
Yannick
Oui, un site tertiaire en cœur de métropole lyonnaise.
Au départ, la demande était surtout esthétique.
En retravaillant le projet, nous avons désimperméabilisé certains sols, adapté les plantations au climat futur, créé de véritables espaces de pause végétalisés, et proposé des animations autour de la biodiversité urbaine.
Résultat :
des températures ressenties plus basses l’été,
des espaces réellement appropriés par les salariés,
et une démarche de responsabilité devenue visible, mais surtout vécue au quotidien.
Anaïs
On parle beaucoup de qualité de vie au travail. Le paysage peut-il vraiment y contribuer ?
Yannick
Vous vous doutez bien de ma réponse, évidemment oui !
Le cadre de travail influence la manière dont on se parle, dont on coopère, dont on gère les tensions.
Un espace végétalisé bien conçu contribue à apaiser, recré du lien et favorise les échanges informels.
C’est pour cela que nous développons aussi des ateliers participatifs et des animations autour de la biodiversité.
Ces temps permettent aux collaborateurs de comprendre les espaces, de se les approprier, et de transformer le paysage en un véritable outil d’engagement collectif.
Anaïs
Et en interne, comment cette responsabilité se traduit-elle chez les Jardins de Gally ?
Yannick
Nos équipes travaillent sur des chantiers exigeants, souvent en milieu urbain dense.
Cela suppose de la formation, de l’autonomie, de la confiance et beaucoup de dialogue.
On ne peut pas porter un discours crédible sur la responsabilité sans l’appliquer à sa propre organisation.
C’est une exigence qui structure notre manière de travailler.
Et puis chez nous les salariés sont les premiers promoteurs de cette RSE chez nos clients puisqu’ils sont également animateurs de ces ateliers. C’est aussi un moyen de donner encore plus de sens à ce métier.
Anaïs
C’est aussi ce qui vous amène à vous engager dans la transmission ?
Yannick
Oui.
Nous considérons que la responsabilité sociétale passe aussi par la transmission des savoir-faire.
C’est pourquoi nous accueillons des stagiaires, participons à des chantiers-écoles et développons des partenariats avec des organismes de formation comme Forma paysage, ou le CFPH Ecully.
Former les professionnels de demain, c’est prolonger concrètement notre engagement.
Anaïs
Pour conclure, quel message aimeriez-vous laisser aux auditeurs ?
Yannick
Que la responsabilité sociétale et environnementale n’est pas un discours ni un affichage et qu’elle ne doit surtout pas le devenir
C’est une démarche d’action, structurante et quantifiable
Notre metier, le paysage, est un levier puissant de transformation écologique, sociale et urbaine.
Remettre du vivant dans nos lieux de travail, c’est déjà transformer notre manière de travailler… et, plus largement, notre manière de faire société.
Anaïs
Merci Yannick.
On se retrouve très bientôt sur RCF pour continuer à penser la ville autrement.