Comment préserver et développer la biodiversité dans son quartier ? Christophe Boutavant, ingénieur paysage & environnement au Bureau d’Études de Gally, partage des clés concrètes pour agir : du choix du lieu d’habitation aux pratiques du quotidien.

Retrouvez l’épisode 1 du podcast PERSPECTIVE, le podcast de Bouygues Immobilier, ici ci-dessous :

 

Léna Ohayon-Louisor

 

Vous écoutez Perspective, un podcast pour comprendre l'habitat d'aujourd'hui et imaginer celui de demain. De l'achat d'un logement aux manières de l'habiter, de nombreuses questions peuvent survenir. Des experts vous répondent et vous partagent leurs recommandations et conseils pratiques. Comment préserver et développer la biodiversité dans son quartier?

 

Christophe Boutavant

 

Bonjour, je suis Christophe Boutavent, je suis ingénieur paysage environnement au sein d'un bureau d'études qui fait de la conception, l'ingénierie et du conseil sur le paysage, l'agriculture urbaine et la biodiversité.

 

Préserver et développer la biodiversité dans son quartier se traduit par 2 actions l'une invisible qui va être en lien avec le choix de l'acte d'achat et la 2e visible qui va être par sa façon de vivre et d'habiter dans le quartier.

 

Le premier impact invisible se fait via le choix de l'achat et le choix de l'installation, parce que quand on choisit d'habiter quelque part, y a forcément un impact par l'acte de construction sur la biodiversité. Dans le fait de choisir là où on va vivre, on a déjà l'historique du quartier et de l'immeuble qui est subi, et donc là où est construit l'immeuble ou la façon dont il est construit, ça a un impact pour la biodiversité et sur la biodiversité. Tout d'abord, la localisation. Si on est sur une construction qui s'est faite dans un endroit qui était plutôt un milieu naturel, évidemment, on va avoir un impact important. À l'inverse, si on choisit d'habiter dans un quartier qui est issu de la reconstruction urbaine, on aura un impact moins important. Les 5 grandes causes d'érosion de la biodiversité sont, comme le rappelle l'i PBES, la destruction des habitats et là fragmentation des habitats. Donc construire sur la ville permet de ne pas étendre la ville au-delà de ses limites. Donc on a un impact premier là-dessus.

 

La 2e cause d'érosion, c'est la surexploitation des ressources, construire avec des matériaux. De réemploi biosourcés qui ont déjà eu une vie avant. Ça permet de limiter aussi son impact environnemental et sur la biodiversité. Et les 3 autres causes sont moins immédiates par rapport à la construction. Mais on a aussi un impact dans le choix de des énergies qui vont être utilisées pour chauffer le bâtiment, par exemple, puisque le changement climatique est la 3e cause d'érosion de la biodiversité. Ensuite, il y a la pollution et l'introduction des espèces exotiques envahissantes. C'est les 2 dernières grandes causes d'érosion de la biodiversité. Et là aussi, la méthodologie de chantier de construction a un impact sur la biodiversité. En choisissant des bâtiments qui sont construits via des chartes, chantiers verts ou ce genre de choses, on a un impact qui est moins fort ou moins négatif sur la biodiversité. La partie visible, là, c'est plus intéressant pour les habitants puisqu'ils le vivent. C'est ce qui les entoure là où ils vivent, donc via le jardin principalement, puisqu'en fait accueillir la biodiversité, la nature, là où on vit, ça passe par lui offrir un gîte, donc un lieu d'accueil dans les jardins. Donc avoir un jardin, pour moi, c'est créer un lieu d'accueil pour la biodiversité, c'est assez favorable.

 

Puis ensuite, il y a toutes les pratiques qui vont se développer autour du jardin, ce qu'on appelle chez nous la gestion écologique. Donc plus on entretient son jardin de façon écologique, meilleur est son impact sur la biodiversité pour gérer son jardin de façon plus écoresponsable ou de façon plus favorable à la biodiversité.

 

Il y a un ensemble de pratiques qu'on regroupe au sein de la gestion écologique qui vont tout d'abord être de ne pas utiliser de produits phytosanitaires dans l'entretien de son de son site. Pas d'engrais synthétiques, pas de produits chimiques, pas de pesticides comme on les appelle. C'est le premier point. Ensuite, il faut accepter la flore spontanée. La biodiversité, c'est aussi les plantes qui s'installent toutes seules. Donc quand elles ne sont pas pénalisantes, quand ce ne sont pas des adventices comme on les appelle, on les laisse, on les tolère et on leur fait une place.

 

Et puis ensuite, dans les pratiques de jardin, entretenir ces plantes. Il y a une action qui est très forte, qui est de laisser fleurir ces arbustes et de les laisser fructifier, puisque qui dit fleur dit en général nectar. Donc les pollinisateurs vont vont pouvoir se nourrir. Et qui dit fruit dit nourriture pour les oiseaux, pas forcément pour nous, mais au moins pour les oiseaux. Donc laisser fleurir et fructifier, ça paraît bête, mais c'est ça veut dire tolérer des arbustes ou mettre des arbustes qui seront encore libre dans son jardin qu'on ne va pas tailler 4 fois par an, qu'on ne va pas rendre en forme de cube, on va le laisser prendre sa forme naturelle et faire son cycle complet. Donc la plante va fleurir puis fructifier. Si éventuellement on doit la tailler, on la taillera après.Mais allons jusqu'au bout de l'idée, on ne taille pas. On va accepter que les arbustes aient leurs ports libres, c'est à dire que là où ils sont, ils ont la place de se développer, on les laisse se développer.

 

Autre pratique intéressante pour moi, ça va être le fait de respecter les cycles de la matière via la revalorisation de la biomasse ou la réutilisation de la biomasse au sein du jardin. Dans des termes plus simples, ça veut dire composter. En fait, les rémanents qu'on appelait avant des déchets verts, on a changé de terminologie, on les appelle des rémanents maintenant. Donc tout ce qui est issu du jardin reste au jardin, on le composte sur site et on le réintègre au sol.

 

Dans les autres pratiques qui sont intéressantes pour la biodiversité, y a aussi le fait de laisser circuler la petite faune d'un jardin à un autre. Ça paraît évident pour les oiseaux, ça l'est beaucoup moins pour la faune marchande. Donc c'est une pratique hyper importante que de permettre d'avoir des circulations entre les jardins, entre les copropriétés, entre les espaces verts et les rues. Ça veut dire aménager des espaces en pied de mur avec des circulations pour les hérissons par exemple. Ça va être des trous ou tout simplement avoir un grillage qui n'est pas continu et qui ne va pas jusqu'au sol. L'idée, c'est de pouvoir laisser le hérisson circuler entre les jardins, aller se nourrir d'un jardin à l'autre, le hérisson, le crapaud, l'écureuil, toute cette petite faune marchante.

 

Là, plus largement, accepter la nature environnante et lui être favorable, ça veut aussi dire changer le regard, porter un nouveau regard sur les formes urbaines et sur la forme que va prendre le jardin. On ne dit pas qu'il ne faut plus avoir de jardin à la française. On dit que dans un jardin favorable à la biodiversité, on va tolérer les formes libres, la spontanéité et pourquoi pas quelques petits désagréments. Les pucerons en début de saison, tant qu'ils n'empêchent pas d'avoir des roses, on les tolère. Et puis, avec l'équilibre naturel des choses, ça devrait se réguler.

 

Léna Ohayon-Louisor

 

Vivre dans un écoquartier, à quoi ça ressemble ? C'est la question à laquelle Christophe Boutavent, ingénieur paysage et environnement, répondra dans le prochain épisode. En attendant, retrouvez l'ensemble des épisodes de perspectives sur toutes les plateformes d'écoute. Ce podcast vous est proposé par Bouygues Immobilier.