Qu'est-ce qu'un plan de gestion écologique et différenciée ?

Je suis très heureux de conclure la saison sur ce sujet qui me tient particulièrement à cœur en tant que jardinier, car il nous pousse à la remise en question et nous reconnecte au vivant de manière méthodique et pragmatique. Je m’explique, Ces plans de gestion écologique et différenciée sont en fait des outils stratégiques très concrets qui visent à anticiper et planifier les interventions dans les jardins et les espaces verts. Ils sont généralement organisés par types de zones ou par strates (herbacée, arbustive, arborée…). Ils permettent de définir les interventions spécifiques à mener selon le niveau d’entretien souhaité pour les différents secteurs identifiés au sein d’un même espace vert. Cela passe donc, préalablement à leur mise en place opérationnelle par une phase d’inventaire et de cartographie des espaces faisant l’objet du plan de gestion. Cette étape est essentielle avant sa mise en œuvre.

Quels sont les principaux objectifs habituellement visés par les plans de Gestions des espaces verts ?

Ils permettent de répondre notamment à quatre types d’objectifs : écologique, patrimonial, économique et enfin esthétique / social. D’un point de vue écologique, ces plans de gestion vont favoriser la biodiversité et les pratiques écologiques en tenant compte des écosystèmes locaux. Ils permettent de préserver et favoriser la biodiversité en :

  • Respectant les réglementations : 0 Phyto et la loi Biodéchets.
  • Préservant les ressources (énergie, eau… ) et le milieu.
  • Intégrant des espèces locales dans la création et la gestion des paysages.
  • Encourageant la création d’habitats pour la faune et la microfaune.
  • Luttant contre le réchauffement climatique en favorisant les zones de végétation, la déminéralisation…
  • Installant et entretenant des végétaux adaptés aux codes de qualités attendus sur les différentes zones de l’espace vert considéré.

D’un point de vue patrimonial, ces plans de gestions prennent en compte les différents usages des espaces verts : loisir, promenade, esthétique, biodiversité… Cela permet d’améliorer la qualité de vie des occupants ou des usagers en créant des espaces verts plus agréables, diversifiés et en phase avec les attentes des occupants.

Les plans de gestion écologique et différenciée sont-ils plus chers qu’un entretien « classique » ?

Il s’agit là d’une question légitime. En adaptant l’entretien des espaces verts en fonction de leur intérêt patrimonial et de leur fréquentation, cette approche facilite une répartition adaptée des coûts d’entretien (des zones les plus « jardinées » à celles laissées au plus naturel). Les ressources humaines et matérielles sont ainsi mieux utilisées et d'une manière plus ciblée et rationnelle. A l’usage on se rend compte que les efforts faits sur les zones les plus sensibles sont contrebalancées par celles où les interventions sont plus extensives. Au global on arrive à gérer avec plus de finesse dans des budgets tout aussi contraints. Enfin, d’un point de vue esthétique et social, les plans de gestion écologique et différenciée garantissent des espaces agréables, fonctionnels et adaptés aux attentes des usagers de ces jardins.

Quelles sont les principales étapes de mise en place de ces plans de Gestions écologique et différenciée ?

Elles sont au nombre de trois :

Réalisation d’un diagnostic initial. Il permet de comprendre dans le détail l’espace sur lequel on va intervenir en cartographiant les différents secteurs, en inventoriant les ressources naturelles (animales comme végétales) , en identifiant les usages de chaque zone et en repérant les infrastructure présentes (bacs, arrosage automatique…)

Définition de la stratégie de gestion différenciée En fonction des intérêts d’usage, patrimonial et écologique des différents secteurs, les jardiniers vont adopter des pratiques permettant d’entretenir et de gérer chaque zone selon qu’elle soit considérée comme emblématique (les plus soignées d’un point de vue esthétique), d’usage ou naturelle (gérée de manière extensive).

Définition de calendriers d’interventions Afin d’organiser les interventions, il est définit pour chaque espace, la date et les types de travaux à réaliser. Il convient bien évidemment de veiller à ce que les périodes d’interventions soient en adéquation avec les utilisations et la fréquentation des espaces verts.

La mise en place de ces plans de Gestion écologique et différenciée ne s’improvisent pas ? Comment les équipes des Jardins de Gally se les approprient ?

Vous mettez là le doigt sur un des point essentiels de la démarche. Au sein des Jardins de Gally nous avons mis en place des modules de formations longs et importants. Ils sont d’ailleurs proposés aussi bien à nos équipes en interne qu’aux gestionnaires de sites (qu’ils s’agissent de propriétaires privés, syndics, bailleurs sociaux ou encore collectivités locales ou territoriales). En pratique cette formation s’étale sur 11 journées (77 heures) répartis sur une année complète de manière à bien appréhender le sujet à chaque saison.

Comment ce passe une formation à la gestion écologique et différenciée ?

Il s’agit d’une formation forcément en présentiel. Elle est inspirée de la méthodologie AFEST (Action de Formation en Situation de Travail). Elle est très axée pratique (atelier et terrain, plus pratique sur un site d’étude et visites de sites de référence), elle est encadrée par des formateurs professionnels (écologues, botanistes, paysagistes…) et permet à son terme d’avoir la capacité d’établir des plans de gestions différenciée pluriannuels adaptés à chaque « espace vert », d’en comprendre les niveaux d’implication (selon les codes qualités définies par les règles professionnelles de l’Union nationale des Entreprises du Paysage) par la pratique d’une gestion écologique et responsable. Effectivement l’approche est sérieuse est concrète!

Pouvez-vous nous donner quelques exemples d’acquis au terme de cette formation ?

A l’issue de leur formation les « stagiaires » auront acquis les connaissances techniques essentielles : Maîtrise de la taille raisonnée des arbustes (sans mécanisation excessive) Capacité à gérer les strates végétales qu’elles soient arbustive, herbacées… piétinables ou non, mais aussi d’adopter les modes de gestion à chacune d’elles. Maîtrise des stratégies de gestion des rémanents (« déchets verts » issus de tailles, tontes…). Rien ne se perd… l’objectif est de viser le 0 déchet. Connaissance de la faune des jardins et de leur rôle dans l’équilibre des fonctionnalités écologiques. A l’issue de la formation les stagiaires auront également la maîtrise des moyens pour susciter l’adhésion au projet afin d’en assurer sa pérennité (désamorcer les inquiétudes, argumenter, animer…) Bref comme vous le voyez il s’agit d’une formation compète tant en ce qui concerne les savoir faire technique que les savoir faire et savoir être avec les occupants et utilisateurs de ces espaces verts.

Enfin, pour terminer, pouvez vous nous parler un site de la région Rhône-Alpes entretenu selon ces préceptes de Gestion écologique et différenciée ?

Le campus Carteret à Lyon 7 ou encore la copropriété du parc des Battières à Lyon 5, sont entretenus suivant ces préceptes faisant la joie des jardiniers qui ont le sentiment de pratiquer leur métier avec une grande cohérence écologique, Celle des usagers évidemment qu’ils soient salariés d’une entreprise, ou résidents car ils redécouvrent la biodiversité et les bienfaits de la nature en ville. C’est évidemment très valorisant pour nous et notre interet de jardinier responsable, c’est de pousser cette pratique jusqu’à sa généralisation !