Elles sont dans nos chansons et dans nos poésies autant que sur les balcons et les trottoirs : les fleurs font partie intégrante de notre vie et de notre société. Yannick Legrand, directeur des Jardins de Gally - Rhônes-Alpes, revient sur ces petits boutons de bonheur à l'antenne de RCF.

 

Anaïs :

Bienvenue à tous pour cette nouvelle saison de notre rendez-vous nature et culture. Aujourd’hui, on plonge dans un univers délicat et parfumé : les fleurs dans la poésie. Pour nous en parler, nous avons le plaisir d’accueillir Yannick Legrand, directeur des Jardins de Gally en Rhône-Alpes. Bonjour Yannick ! Pourquoi avoir choisi ce thème pour ouvrir la saison ?

 

Yannick Legrand :

Bonjour Anaïs, bonjour à tous. Ce choix n’est pas anodin. Les fleurs, c’est bien plus que de jolies couleurs ou des senteurs agréables. Ce sont des symboles qui traversent les âges et les cultures. Dans la poésie, elles deviennent des mots, des émotions incarnées. Elles racontent des histoires d’amour, de fragilité, de vie, de mort. Cette dimension symbolique est fascinante, et pour nous, professionnels du paysage, c’est un lien précieux entre la nature et la culture.

 
Anaïs :

On pense immédiatement à Ronsard et son célèbre “Mignonne, allons voir si la rose...”, ce poème qui nous parle de la beauté éphémère.

 
Yannick Legrand :

Absolument. Pierre de Ronsard, au 16e siècle, utilise la rose pour rappeler que la jeunesse et la beauté passent vite, qu’il faut en profiter. C’est un message universel, qui revient chez beaucoup d’auteurs.

Victor Hugo, par exemple, voit la fleur comme une voix douce qui console dans la douleur. Verlaine, lui, emploie la fleur pour créer une atmosphère mélancolique, presque un soupir de nostalgie.

Dans la poésie japonaise, les haïkus font de la fleur un instant de vie capturé, fragile et intense, presque une méditation sur la temporalité.

C’est ce mélange de légèreté et de profondeur qui me fascine.

 
Anaïs :

Ces symboles floraux sont-ils spécifiques à la poésie européenne ou les retrouve-t-on ailleurs ?

 
Yannick Legrand :

La symbolique des fleurs est mondiale et souvent très riche. Par exemple, au 19e siècle, en Europe, on a même inventé le “langage des fleurs” : chaque fleur portait un message précis. Offrir un œillet rouge, c’était une déclaration d’amour passionnée ; un chrysanthème blanc signifiait la fidélité. C’était un vrai code, presque secret, qui permettait d’échanger des sentiments, sans dire un mot.

Mais ce n’est pas qu’un phénomène romantique. En Asie, par exemple, le lotus est chargé de sens spirituel : il symbolise la pureté, la renaissance, Sachons-le, le lotus pousse dans la boue avant d’éclore en fleur immaculée.

Ce lien entre fleur et transcendance est pour le moins fascinant.

 
Anaïs :

En tant que professionnel du paysage, comment ce langage des fleurs influence-t-il votre travail chez Jardins de Gally ?

 
Yannick Legrand :

Nous croyons que chaque jardin raconte une histoire. Lorsqu’on choisit les plantes pour un aménagement, on regarde bien sûr leur adaptation au sol et au climat, mais aussi ce qu’elles évoquent culturellement et émotionnellement.

Par exemple, un massif de lavande en milieu urbain ne sert pas seulement à embellir : il rappelle la Provence, invite à la détente par son parfum, et soutient la biodiversité en attirant les abeilles. C’est un triple rôle qui donne du sens à l’espace.

De même, la pivoine est superbe à voir, avec une floraison spectaculaire, mais elle symbolise aussi la prospérité et la beauté passagère.

Intégrer cette dimension dans un jardin, c’est donner une voix au végétal.

 
Anaïs :

Cela donne une tout autre dimension au jardinage, presque une écriture…

 
Yannick Legrand :

Oui, c’est un vrai travail d’écriture. On peut dire humblement, que l’on compose un poème végétal où chaque plante est un mot, chaque bouquet une phrase. Cela permet aussi d’engager les utilisateurs à respecter l’espace, à le percevoir comme un lieu vivant et chargé de sens.

Dans un patio d’entreprise, par exemple, on peut créer un “langage” avec les plantes : apaisement grâce au bambou, accueil par des fleurs colorées, mémoire avec des plantes ancestrales. Ce sont des messages silencieux, mais puissants.

 
Anaïs :

La poésie, c’est beau… mais les fleurs, on les trouve aussi dans la chanson française, non ?

 
Yannick Legrand :

Oui, la chanson française a aussi ce lien intime avec la nature et les fleurs. Brassens, dans “Auprès de mon arbre”, fait du végétal un refuge et un témoin de la vie simple. Barbara, avec son “Aigle noir”, utilise une image florale pour déployer un mystère, une émotion forte. Gainsbourg, quant à lui, évoque les lilas avec une sensualité unique et puis il y a Laurent Voulzy et son pouvoir des Fleurs qui porte un message de paix au parfum de jasmin et de Lilas

La fleur devient alors décor, métaphore, voire personnage à part entière. Elle porte des émotions que chacun peut ressentir, souvent sans même y penser consciemment.

 
Anaïs :

C’est donc un regard à la fois artistique et sensible que vous proposez aux auditeurs, mais aussi un appel à redécouvrir ce qui nous entoure ?

 
Yannick Legrand :

Exactement. On oublie souvent que nos jardins, nos balcons, nos parcs, sont remplis de poèmes vivants. Chaque fleur, chaque parfum, chaque éclat de couleur est une strophe silencieuse.

Et en tant que paysagistes, notre rôle est de mettre en scène cette poésie, de la rendre accessible à tous, tout en respectant la biodiversité. On essaie de montrer que le végétal est un pont entre nature, culture et émotion.

 
Anaïs :

Un dernier conseil pour nos auditeurs, pour qu’ils puissent mieux voir cette poésie dans leur quotidien ?

 
Yannick Legrand :

Oui, je dirais : en cette fin d’été, quand vous croiserez une fleur au détour d’un chemin ou sur votre balcon, pensez à Ronsard et à son invitation à profiter du moment présent. Même si la fleur fanera demain, le souvenir qu’elle laisse, lui, peut durer des années.

Prenez le temps de la regarder, de sentir son parfum, et laissez-la, vous raconter son histoire.

 
Anaïs :

Merci beaucoup Yannick Legrand pour ce voyage poétique botanique et musicale. À très bientôt !