Aujourd’hui, on s’installe à l’ombre… mais pas de n’importe quel arbre. Yannick Legrand, directeur des Jardins de Gally Rhône-Alpes, présente à RCF ceux qui ont traversé les siècles, qui ont été témoins de l'Histoire, et qui sont devenus des légendes vivantes.
L'arbre qui écoute : Histoire d'arbres remarquables
Anaïs :
Bonjour à tous ! Aujourd’hui, on s’installe à l’ombre… mais pas de n’importe quel arbre. On va parler de ceux qui ont traversé les siècles, qui ont été témoins de l’Histoire, et qui sont devenus des légendes vivantes. Pour m’accompagner, j’ai Yannick Legrand, directeur des Jardins de Gally, passionné par ces géants silencieux. Yannick, bonjour !
Yannick Legrand :
Bonjour Anaïs, bonjour à tous. Merci de m’accueillir. Oui, ces arbres remarquables, ce sont bien plus que des plantes. Ce sont de véritables témoins du temps, des gardiens d’histoires. Ils ont vu passer des générations, parfois même des empires, et ils continuent à fasciner et à inspirer.
Anaïs :
Parmi ces arbres légendaires, par lequel commencer ?
Yannick Legrand :
Il y en a tellement, mais puisque nous sommes en Rhône-Alpes, je vais parler d’un arbre remarquable que beaucoup connaissent : le chêne de Venon, en Isère. C’est un chêne pédonculé d’environ 500 ans, perché à plus de 400 mètres d’altitude. Sa silhouette est visible à des kilomètres à la ronde et il fait partie du patrimoine paysager local.
Au fil des siècles, il a vu défiler les générations, servi de repère aux voyageurs, et selon certains habitants, a été un point de rendez-vous discret pour les résistants pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui encore, il attire les promeneurs et les photographes, non seulement pour sa beauté, mais aussi pour la sérénité qu’il dégage.
En Ile-de-France il y a le fameux chêne de Saint-Louis, près de Vincennes. La légende raconte que le roi Louis 9, appelé Saint-Louis, rendait la justice assis à l’ombre de ce chêne. Ce n’est peut-être pas un fait historique avéré, mais cette image est très forte : l’arbre devient un lieu de rassemblement, de parole, de sagesse et de justice.
Cette idée de “l’arbre qui écoute” traverse bien des cultures et des siècles. On pense à cet arbre comme un confident silencieux, un témoin immuable des histoires humaines.
Anaïs :
Oui, c’est une image puissante. Est-ce qu’on retrouve cette symbolique ailleurs dans le monde ?
Yannick Legrand :
Absolument. En Afrique, par exemple, le baobab joue un rôle central dans la vie des villages. Ce grand arbre majestueux est souvent le lieu où l’on se réunit pour discuter, régler les conflits, raconter les histoires ancestrales. On pourrait dire qu’il est le cœur social de nombreuses communautés.
En Asie, le figuier des pagodes, aussi appelé “arbre de la Bodhi”, est tout simplement sacré : c’est sous cet arbre que Bouddha aurait atteint l’illumination. Là encore, l’arbre dépasse sa simple fonction biologique, il devient un symbole spirituel et un point d’ancrage puissant.
Anaïs :
Et chez nous, en France, on a aussi ces arbres “célèbres” de part leur singularité ?
Yannick Legrand :
Oui, nous avons plusieurs arbres qui sont devenus de véritables monuments vivants. Prenons par exemple le chêne d’Allouville-Bellefosse en Normandie. Il a plus de mille ans, et il est incroyable car il abrite une petite chapelle dans son tronc creux. On entre littéralement à l’intérieur pour prier !
Il y a aussi le tilleul de Réville, planté au XVIe siècle, qui est un symbole de longévité et de tradition. Et plus au sud, sur la presqu’île de Saint-Tropez, le pin de Bertaud qui a inspiré le peintre impressionniste Paul Signac.
Ces arbres ne sont pas juste des végétaux, ce sont des témoins vivants de notre histoire et de notre culture.
Anaïs :
Des monuments vivants, c’est exactement ça. Mais avec tout ce qu’ils ont traversé, ces arbres sont-ils fragiles ?
Yannick Legrand :
Très fragiles, en effet. Un arbre millénaire a survécu forcément à des tempêtes, à des sécheresses, parfois même à des guerres. Mais aujourd’hui, ils peuvent être menacés par des aménagements urbains maladroits, des maladies, ou encore par le changement climatique.
C’est pourquoi, chez Jardins de Gally, nous mettons un point d’honneur à protéger ces patrimoines naturels, mais aussi à les valoriser. Un arbre remarquable, ce n’est pas seulement un arbre ancien ou grand, c’est un symbole, un repère pour une communauté.
Anaïs :
Comment fait-on pour valoriser ces arbres dans un projet paysager ?
Yannick Legrand :
D’abord, il faut les préserver. On évite de les abattre, même si cela peut paraître plus simple parfois. Ensuite, on raconte leur histoire. Cela peut passer par un panneau explicatif, un chemin aménagé pour y accéder facilement, ou un banc installé à son pied, pour inviter à la contemplation.
Ces gestes simples permettent de transformer un arbre en un lieu de vie, un point d’ancrage dans un quartier, un parc ou un village. Intégrer un arbre ancien dans un aménagement, c’est donner une âme au lieu.
Anaïs :
Parfois, c’est aussi la population qui fait de ces arbres des symboles, non ?
Yannick Legrand :
Oui, tout à fait. Ce lien affectif est primordial. Parfois, un arbre est planté pour un événement particulier : une naissance, un mariage, ou même pour commémorer un fait historique.
En France, on a la tradition des “arbres de la liberté”, qui ont été plantés à la Révolution française dans de nombreuses communes, et qui sont devenus des symboles d’espoir et de liberté.
Ce sont des arbres ordinaires, mais porteurs d’une mémoire collective très forte.
Anaïs :
Avez-vous un exemple personnel, un arbre qui vous touche particulièrement ?
Yannick Legrand :
Oh oui, car il alimente encore et pour longtemps je pense, la nostalgie de mes récentes vacances en Crete, Cet arbre ou devrais-je dire Arbrosore tant il bat tous les records de longévité, se trouve près du village de Kavousi, à environ 250 mètres d’altitude, pas loin d’un site archéologique important.
Cet olivier, que l’on appelle l’olivier de Kavousi, est l’un des plus vieux au monde, avec un âge estimé à environ 3 250 ans !
Ce joyau, a été déclaré monument naturel est fat l’objet d’une préservation depuis 1997 .
Bien sûr ce qui frappe en premier c’est sa taille délirante ! son tronc fait plus de 7 mètres de diamètre à la base — A son pied, on s’attarde forcément sur son parcours, son histoire et l’on est forcément stupéfait d’apprendre son lien temporel avec la civilisation minoenne, celle de la mythologie !
C’est un symbole puissant de longévité et de continuité, un arbre qui porte avec lui plus de trois millénaires d’histoire humaine et naturelle.
Ce genre d’arbre est un trésor vivant, et une belle inspiration pour ceux qui, comme nous chez Jardins de Gally, pensent à planter et préserver les arbres remarquables de demain.
Ce vieil olivier rappelle combien certains arbres sont des témoins exceptionnels de notre passé et combien ils incarnent aussi l’espoir d’un futur durable.
Anaïs :
Quelle symbolique forte !
Yannick Legrand :
Oui, et cela rejoint parfaitement mais humblement ce que nous faisons ici, dans nos projets paysagers. Planter, préserver, raconter ces arbres, c’est mettre en lumière ces ponts vivants entre générations.
Anaïs :
C’est magnifique. Mais est-ce qu’on peut aussi “créer” les arbres remarquables de demain ?
Yannick Legrand :
Absolument. Planter un arbre, c’est toujours un pari sur l’avenir. En choisissant une essence adaptée au sol, à l’eau disponible, au climat local, on maximise ses chances de vie longue.
Et si on plante cet arbre avec une intention — célébrer un événement, un engagement, ou simplement marquer un lieu — on lui donne déjà une histoire, une raison d’être. Dans 50, 100, voire 200 ans, il sera ce fameux arbre remarquable, ce témoin de générations futures.
Anaïs :
Donc ces arbres remarquables ne sont pas juste des reliques du passé, mais aussi des promesses d’avenir ?
Yannick Legrand :
Exactement. Et j’aime beaucoup cette expression : “Le meilleur moment pour planter un arbre, c’était il y a vingt ans. Le deuxième meilleur moment, c’est aujourd’hui.” C’est un appel à chacun d’entre nous à agir pour préserver ce patrimoine vivant.
Anaïs :
Un dernier conseil pour nos auditeurs qui croisent ces géants silencieux ?
Yannick Legrand :
Oui, je leur dirais : levez les yeux. Regardez leurs branches, touchez leur écorce. Imaginez tout ce qu’ils ont vu : les saisons qui passent, les visages qui se succèdent, les événements qui se jouent à leur pied.
Prendre soin de ces arbres, c’est prendre soin d’un morceau de notre mémoire collective, et c’est transmettre à nos enfants un peu de cette sagesse et de cette beauté.