Pas facile de maintenir un jardin fleurissant quand les températures dépassent les 35°C des dizaines de jours par an. Yannick Legrand, directeur régional des Jardins de Gally, nous donne quelques conseils pour améliorer l'expérience au jardin pendant les fortes chaleurs.

 

 

Anaïs

Bonjour Yannick. Cette semaine, on va parler d’un sujet qui nous concerne tous en ce moment : la chaleur. On va essayer de comprendre ce qui se passe dans nos jardins quand le thermomètre dépasse les 35 degrés. Est-ce qu’une plante peut avoir… trop chaud ?

Yannick

Oui, absolument. C’est même un double problème pour elle car la chaleur et le manque d’eau vont souvent ensemble. Quand il fait chaud et que l’air est sec, la plante perd davantage d’eau par ses feuilles. Elle doit donc réussir à trouver un équilibre entre continuer à fonctionner et éviter de se déshydrater. Pour cela, elle possède des mécanismes assez étonnants.

Anaïs

Alors justement, que fait une plante quand elle commence à manquer d’eau ?

Yannick

Et bien, Elle commence par fermer de minuscules pores présents sur ses feuilles que l’on appelle « stomates ». Ils permettent les échanges gazeux, notamment l’entrée du CO₂ nécessaire à la photosynthèse, mais ces fameux pores sont aussi, une voie importante de perte d’eau par transpiration. Quand l’eau devient rare, la plante ferme donc ses stomates pour limiter cette perte.

Anaïs

Elle ne peut plus vraiment fonctionner normalement ?

Yannick

Oui. Et c’est là que cela devient très intéressant. En fermant ses stomates, la plante économise de l’eau, mais elle limite aussi l’entrée de CO₂. Donc la photosynthèse ralentit. Dans cette phase, on peut dire que la plante fait un arbitrage déterminant entre économiser son eau / ou continuer à pousser. Si le stress se prolonge, la croissance peut fortement ralentir et, dans les situations sévères, certains tissus peuvent être endommagés.

Anaïs

C’est donc pour cela qu’en période de canicule on voit parfois les feuilles se ramollir ou se recroqueviller ?

Yannick

Oui. C’est ce qu’on appelle Le flétrissement : les cellules perdent de l’eau et les feuilles ne se tiennent plus de la même manière. Mais, une plante qui flétrit n’est pas forcément une plante condamnée. Elle peut récupérer après réhydratation, surtout si le stress n’a pas été trop important. En revanche, si le déficit hydrique se prolonge, les dégâts peuvent devenir irréversibles.

Anaïs

Et toutes les plantes ne sont évidemment pas égales devant une canicule ?

Yannick

Non, loin de là les plantes d’ombres on en a parlées il y a 15 jours résistent beaucoup moins bien que celles qui sont naturellement adaptées aux milieux chauds et secs. Regardez par exemple le romarin, certaines lavandes, les santolines, les cistes ou encore certaines plantes succulentes. Elles ont toutes des feuilles étroites, parfois épaisses cireuses. Ce sont des caractéristiques qui limitent leurs pertes en eau. Une plante méditerranéenne bien installée dans un sol adapté peut très bien supporter une période chaude, mais une jeune plante de la même espèce, fraîchement plantée, sera beaucoup plus vulnérable.

Anaïs

Vous venez de prononcer un mot important : « installée ». Est-ce que l’âge d’une plante joue vraiment un rôle ?

Yannick

Énormément. Une plante en place depuis plusieurs années dispose généralement d’un système racinaire beaucoup plus développé. Elle peut donc explorer un volume de sol plus important pour trouver l’eau dont elle a besoin. À l’inverse, une plantation récente possède encore un système racinaire limité. C’est pourquoi, les premières années sont déterminantes. Les plantes en pots sont également particulièrement sensibles, car le volume de terre disponible pour les racines est limité. Le pot peut aussi conduire la chaleur à l’intérieur et exposer les racines bien plus qu’un végétal installé en pleine terre. 

Anaïs

On comprend donc qu’il ne faut pas arroser toutes les plantes de la même manière. Mais alors, en pleine canicule, comment faut-il arroser son jardin ?

Yannick

La première chose, c’est de ne pas arroser machinalement. D’abord on observe. Si l’arrosage s’avère nécessaire, on va arroser abondamment au niveau du sol plutôt que de mouiller les feuilles. L’objectif est que l’eau atteigne réellement la zone racinaire. Il vaut mieux arroser tôt le matin ou en soirée, et cela afin d’éviter l’évaporation facilité par des arrosages en pleine journée.

Anaïs

Donc arroser un peu tous les jours n’est pas forcément la bonne solution ?

Yannick

Pas Pour les plantes bien installées, des arrosages moins fréquents mais qui humidifient réellement la zone racinaire peuvent favoriser un enracinement plus profond. En revanche, il faut être beaucoup plus attentif aux jeunes plantations, aux plantes en pot ou aux végétaux particulièrement sensibles. Il n’existe donc pas une fréquence universelle d’arrosage : elle dépend du végétal, du sol, de son âge, de la météo et de son exposition et de son conditionnement.

Anaïs

Outre le tuyau d’arrosage ne peut-on pas pailler ?

Yannick

C’est un geste très utile. Il consiste à couvrir le sol avec une couche de matière organique ou minérale. Il permet de limiter l’évaporation de l’eau du sol et de réduire la concurrence des adventices, autrement appelé mais de moins en moins, les mauvaises herbes. Il va permettre de conserver l’eau qui est dans le sol. C’est une logique particulièrement intéressante lorsque l’eau devient une ressource à économiser et c’est malheureusement ce vers quoi nous nous dirigeons…

Anaïs

Finalement, le sol joue lui aussi un rôle essentiel dans la résistance du jardin à la chaleur ?

Yannick

Oui. Un sol vivant, riche en matière organique, a notamment une meilleure capacité à retenir l’eau. C’est pourquoi la résilience d’un jardin ne se construit pas uniquement en choisissant des plantes dites « résistantes à la sécheresse ». Elle se construit aussi avec le sol, le paillage, le choix des végétaux et leur bonne implantation. Il faut donc penser le jardin comme un ensemble.

Anaïs

Et si l’on fait un petit détour par le potager avant de se quitter ?

Yannick

Le principe est exactement le même, mais avec une vigilance particulière parce que les légumes sont souvent des plantes à croissance rapide et que l’on attend d’eux une production. Tomates, courgettes, salades ou jeunes plants peuvent être très sensibles au stress hydrique et à la chaleur. Bien plus qu’une plante d’ornement. Donc Là encore, le sol, le paillage, un bon enracinement et un arrosage adapté sont essentiels.

Anaïs

Alors, si vous deviez nous laisser avec trois conseils pour aider notre jardin à traverser les prochaines canicules ?

Yannick

En premier je dirai le choisir le bon végétal en fonction du climat, de l’exposition et du sol. Puis, prenez soin du sol, notamment en améliorant sa capacité à retenir l’eau et en utilisant le paillage. Enfin, anticipez ! Une plante bien installée, avec un bon système racinaire, est beaucoup mieux armée qu’une plante fraîchement plantée au moment où arrive la canicule. Finalement, la meilleure façon de faire face à la chaleur, c’est de préparer son jardin avant qu’elle arrive quand c’est possible !

Anaïs

Donc un jardin résilient à la canicule, cela ne se construit pas avec un tuyau d’arrosage au mois de juillet…

Yannick

Et non, cela se construit toute l’année. Et c’est probablement la meilleure nouvelle pour nos jardins : bien choisir, bien planter, bien préparer le sol et accepter de jardiner avec le climat plutôt que contre lui est gage de réussite et de sérénité ! Au revoir Anais.